Vendredi 27 juin 2008
Exaspérée, à bout de force, lasse de lutter contre cet amour débordant, elle courut
jusqu'à lui, se jeta avec ferveur et violence contre son corps, surpris.
Il dégagea d'abord ses bras, naturellement, ne sachant trop qu'en faire. Blottie contre lui, enfin !
Elle se mit à le tenir de ses deux mains, à le serrer, appuyant sa tête contre son cœur, à sangloter avec de longs sanglots, ceux qui brouillent la vue et coupent le souffle.
Tant bien que mal, elle réussit à balbutier quelques mots, qu'elle ne pourrait jamais vivre sans lui, non, jamais, qu'elle ne le voulait pas ...
Chaque soubresaut la pressait contre lui, davantage. C'est alors que ses forces l'abandonnèrent. Elle se sentit faiblir et se laissa aller totalement, tout contre lui, sans résistance, sans retenue, de tout son poids.
Sa désespérance était grande, profonde, insoluble. Son désir de mort évident.
Lui était ému, muet, peut-être même heureux. Il n'en savait rien.
A-t-elle seulement pu en ressentir du plaisir de cette étreinte ? Sa douleur était si forte.
Dans le tourbillon des gestes, la folie des pleurs, la proximité et la force de l'étreinte, monta en lui l'ivresse :
Il dégagea d'abord ses bras, naturellement, ne sachant trop qu'en faire. Blottie contre lui, enfin !
Elle se mit à le tenir de ses deux mains, à le serrer, appuyant sa tête contre son cœur, à sangloter avec de longs sanglots, ceux qui brouillent la vue et coupent le souffle.
Tant bien que mal, elle réussit à balbutier quelques mots, qu'elle ne pourrait jamais vivre sans lui, non, jamais, qu'elle ne le voulait pas ...
Chaque soubresaut la pressait contre lui, davantage. C'est alors que ses forces l'abandonnèrent. Elle se sentit faiblir et se laissa aller totalement, tout contre lui, sans résistance, sans retenue, de tout son poids.
Sa désespérance était grande, profonde, insoluble. Son désir de mort évident.
Lui était ému, muet, peut-être même heureux. Il n'en savait rien.
A-t-elle seulement pu en ressentir du plaisir de cette étreinte ? Sa douleur était si forte.
Dans le tourbillon des gestes, la folie des pleurs, la proximité et la force de l'étreinte, monta en lui l'ivresse :
"On se sent aux lèvres un baiser *
Qui palpite là comme une petite bête."
Qui palpite là comme une petite bête."
Leurs mains se cherchèrent, se mêlèrent. Il lui demanda de lever la tête et posa ses lèvres sur
les siennes, en goûta la saveur salée, les cajola, les rendit belles. Ils échangèrent des frissons inconnus.
Soudain, elle sentit ses mains monter jusqu'à ses épaules. Leur baiser prit fin.
Ils se regardèrent alors longuement, fixement. Elle regardait sa bouche, ses lèvres pulpeuses qu'elle désirait depuis le premier instant.
C'était étrange. Il était beau, comme jamais. Son regard était tendre, brillant, d'une douceur infinie. Elle regardait encore ses lèvres comme si elle savait déjà ne plus les revoir.
Puis, comprenant ce qu'il s'apprêtait à faire, son visage s'éclaircit d'un sourire. Elle leva les yeux jusqu'aux siens afin de le lui offrir. Elle songea qu'il ne fallait pas crier. Elle ne voulait pas que la mort lui déformât le visage dans un ultime instinct de vie. Non, elle ne se débattrait pas, ne gémirait pas. Elle ne voulait pas qu'il puisse croire à un quelconque regret. Elle n'en avait pas, elle n'en aurait plus.
Elle ferma les yeux, pensa à ses mains raides autour de son cou. Elle n'eut pas peur. C'était une caresse, le contact de ses mains tant aimées, si ardemment espérées. Et dans un dernier élan de vie, elle se hissa jusqu'à sa bouche, en goûta une dernière fois la douce saveur, murmura merci comme un ultime je t'aime, un dernier aveu. Puis elle se laissa aller, ne tenta pas de résister.
Les mains se resserraient encore et encore. Un dernier soubresaut secoua son corps : celui de la vie qui s'enfuit. Dans ce dernier mouvement, leurs ventres se frôlèrent, avec douceur, l'unique caresse. Elle aura aimé sans doute.
Voilà, c'était fini. Le feu s'était éteint. Il venait d'accomplir ce qu'elle n'aurait jamais osé lui demander. Il alla s'asseoir dans le couloir d'en face, en ce lieu où ils se croisèrent souvent. Ils ne s'y verraient plus. Ses yeux étaient secs, sans expression. L'obscurité le rendait calme. Son cœur battait tranquillement, à peine plus vite que d'ordinaire. Il était plein à présent de cette certitude : quelqu'un l'aurait aimé plus que sa propre vie. Et, lui, avait donné, oui, donné, tout ce dont il était capable. A défaut de pouvoir l'aimer, lui donner de l'amour, il lui avait donné la mort.
Ce qu'elle voulait au fond d'elle-même, qu'il avait compris, qu'il savait mieux que personne. Il n'en doutait pas : elle avait dit merci. Il avait fait ce qu'aucun autre n'aurait pu faire : elle l'aurait aimé encore pour cela. Il en était fini de tous ses démons, de l'agonie qui la torturait. Il l'avait enlacée, délivrée... aimée un court instant comme elle voulait qu'il l'aime.
Il prit sa plume et un papier, donna naissance à un poème, de loin le meilleur de ceux qu'il avait écrits :
Soudain, elle sentit ses mains monter jusqu'à ses épaules. Leur baiser prit fin.
Ils se regardèrent alors longuement, fixement. Elle regardait sa bouche, ses lèvres pulpeuses qu'elle désirait depuis le premier instant.
C'était étrange. Il était beau, comme jamais. Son regard était tendre, brillant, d'une douceur infinie. Elle regardait encore ses lèvres comme si elle savait déjà ne plus les revoir.
Puis, comprenant ce qu'il s'apprêtait à faire, son visage s'éclaircit d'un sourire. Elle leva les yeux jusqu'aux siens afin de le lui offrir. Elle songea qu'il ne fallait pas crier. Elle ne voulait pas que la mort lui déformât le visage dans un ultime instinct de vie. Non, elle ne se débattrait pas, ne gémirait pas. Elle ne voulait pas qu'il puisse croire à un quelconque regret. Elle n'en avait pas, elle n'en aurait plus.
Elle ferma les yeux, pensa à ses mains raides autour de son cou. Elle n'eut pas peur. C'était une caresse, le contact de ses mains tant aimées, si ardemment espérées. Et dans un dernier élan de vie, elle se hissa jusqu'à sa bouche, en goûta une dernière fois la douce saveur, murmura merci comme un ultime je t'aime, un dernier aveu. Puis elle se laissa aller, ne tenta pas de résister.
Les mains se resserraient encore et encore. Un dernier soubresaut secoua son corps : celui de la vie qui s'enfuit. Dans ce dernier mouvement, leurs ventres se frôlèrent, avec douceur, l'unique caresse. Elle aura aimé sans doute.
Voilà, c'était fini. Le feu s'était éteint. Il venait d'accomplir ce qu'elle n'aurait jamais osé lui demander. Il alla s'asseoir dans le couloir d'en face, en ce lieu où ils se croisèrent souvent. Ils ne s'y verraient plus. Ses yeux étaient secs, sans expression. L'obscurité le rendait calme. Son cœur battait tranquillement, à peine plus vite que d'ordinaire. Il était plein à présent de cette certitude : quelqu'un l'aurait aimé plus que sa propre vie. Et, lui, avait donné, oui, donné, tout ce dont il était capable. A défaut de pouvoir l'aimer, lui donner de l'amour, il lui avait donné la mort.
Ce qu'elle voulait au fond d'elle-même, qu'il avait compris, qu'il savait mieux que personne. Il n'en doutait pas : elle avait dit merci. Il avait fait ce qu'aucun autre n'aurait pu faire : elle l'aurait aimé encore pour cela. Il en était fini de tous ses démons, de l'agonie qui la torturait. Il l'avait enlacée, délivrée... aimée un court instant comme elle voulait qu'il l'aime.
Il prit sa plume et un papier, donna naissance à un poème, de loin le meilleur de ceux qu'il avait écrits :
Mourir d'une étreinte
Au soir qui se propage
D'un trop plein de tendresse
D'une overdose d'amour
Mourir d'une étreinte
Comme on meurt d'être sage
Sans un cri de détresse
Et sans même un discours.
Au soir qui se propage
D'un trop plein de tendresse
D'une overdose d'amour
Mourir d'une étreinte
Comme on meurt d'être sage
Sans un cri de détresse
Et sans même un discours.
Texte d'
Isabelle
*citation d'Arthur Rimbaud
par Les Editions Mutine
publié dans :
Nouvelles & Contes
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